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Équipes multidisciplinaires, interdisciplinaires et les services privés en santé mentale? Incompatibles?

 

Équipes multidisciplinaires, interdisciplinaires et les services privés en santé mentale? Incompatibles?

Travailler en équipe, c’est une joie pour certains et l’horreur pour d’autres. Alors qu’on est entrainé très jeune à composer avec les autres (merci les travaux d’équipe à l’école!), plusieurs adultes admettent que le travail d’équipe est une source de stress importante. Et quand on y pense, ce n’est pas étonnant. Travailler en synchronie demande que chaque personne impliquée dans la tâche maitrise plusieurs compétences interpersonnelles et individuelles. Nommons, par exemple, la capacité à communiquer clairement ses besoins/objectifs/demandes, la capacité à écouter autrui, la capacité à s’organiser, la capacité à prioriser, etc. Par ailleurs, chaque membre de l’équipe de travail a, généralement, des compétences techniques spécifiques qui les amène à collaborer pour réaliser un objectif commun. Le respect des compétences d’autrui est également une habileté essentielle pour la réussite d’un projet collaboratif.

Quand il est question de faire équipe pour délivrer des soins en santé mentale, ces mêmes enjeux sont présents. Ces enjeux et d’autres, « pires encore », puisque l’objectif de la collaboration est de prendre soin d’une personne qui, au moment où elle reçoit les soins de l’équipe de traitement, est en état de fragilités. Il est donc capital que les objectifs du groupe de travail soient atteints.

Vous comprendrez, chers lecteurs, que cette réalité exerce une pression supplémentaire sur les membres de l’équipe de travail qui devront faire preuve de diligence, de respect et de fortes connaissances techniques pour être en mesure d’arrimer dans un tout harmonieux un plan de traitement. Chaque professionnel doit connaitre son rôle et les limites de celui-ci, le rôle de ses collègues, les différentes stratégies de travail en équipe (interdisciplinarité, multidisciplinarité). Il doit garder en tête, très clairement du début jusqu’à la fin du suivi, que l’objectif de ce travail est d’aider une personne et non de militer pour sa profession, pour son égo personnel ou pour son portefeuille/pour son organisation. Facile, n’est-ce pas? Moins qu’on peut le penser.

 

Les services de santé, des services publics et des services privés

Actuellement au Québec, les services en santé mentale se déroulent dans deux sphères qu’on souhaite le plus possible complémentaires : les services publics et les services privés. Notre système de santé, à deux vitesses comme disent certains, n’est certainement pas parfait, mais il permet tout de même d’offrir des services gratuits et de premières intentions pour les personnes qui ont des besoins immédiats via les services publics (l’urgence, la ligne téléphonique info-social (811) et les services d’Accueil-Évaluation-Orientation). Il permet également aux personnes qui en ont besoin d’avoir accès à des services très spécialisés comme la psychiatrie légale (l’hôpital Ste-Thérèse), l’hôpital de jour (soins très spécialisés qui adressent les troubles dépressifs chroniques, les soins pour les personnes qui ont un premier épisode psychotique, etc.) et des passerelles de soins vers les centres de santé mentale ultraspécialisés (Hôpital Douglas de Montréal, Hôpital Ste-Justine, hôpital Rivière-des-Prairies, etc.). Les services publics sont le mécanisme d’urgence qui répond à des besoins ponctuels et des situations de crise aigues. En ce sens, aussitôt que la personne est jugée comme étant en mesure de participer à sa vie active d’une manière fonctionnelle (fonctionnelle = sans mettre le feu à la bâtisse où elle se situe… ce sont des blagues quoique) et que sa souffrance significative est contrôlée, elle est réputée « guérit » /n’ayant plus besoin de services.

De son côté, les services privés présentent les avantages d’avoir un accès plus rapide à des professionnels en santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, etc.), mais impliquent des coûts importants pour les organisations et les particuliers. Les services privés visent très souvent la résolution d’une problématique en santé mentale qui n’a pas d’origine biologique franche (événements de vie, troubles de l’humeur, traits de personnalité plus problématiques, etc.) et s’inscrivent généralement dans une prise à charge à moyen ou long-terme. Plutôt que de viser le rétablissement de la personne sur la base des critères de souffrance subjective et de fonctionnement social, les professionnels travaillant dans le domaine privé ont souvent pour mission d’éradiquer la source de la souffrance/de l’épisode problématique. Ainsi, ces professionnels ont pour objectif à la fois de mettre fin à la situation de crise qui amène la personne à consulter, mais font également de la prévention en travaillant sur les composantes qui maintiennent et prédisposent l’apparition de la difficulté.

Dans les faits, les services publics et privés sont complémentaires en plusieurs points et, étant donné cette complémentarité, impliquent souvent que les professionnels du public et du privé travaillent ensemble auprès de la même personne.

 

Services multidisciplinaires? Services interdisciplinaires?

Donc, comment s’y prennent-ils? Au-delà des communications et des impératifs liés à ceux-ci (autorisations de communication signées par les personnes recevant les soins, délais de traitement administratifs, arrimage des agendas de tout le monde, etc.), les professionnels ont souvent deux options pour travailler « un dossier » : soit, ils travaillent en silos où chacun exerce ses compétences techniques sans influence de d’autres professionnels, soit ils travaillent en multidisciplinarité.

Il faut savoir que les deux stratégies impliquent des rencontres en équipe et des rencontres-bilan entre tous les professionnels impliqués auprès de l’aidé. Cela dit, dans les rencontres interdisciplinaires, il est davantage question de se donner une compréhension commune de la difficulté, de répartir les différents objectifs de traitement en fonction des expertises de chaque professionnel et d’effectuer des rencontres-bilans sporadiques pour monitorer l’évolution de la personne et de sa difficulté. Chaque professionnel est autonome dans l’application du protocole de soins et dans son suivi avec la personne. Dans le cas des rencontres multidisciplinaires, ce travail de collaboration est encore plus serré puisque la prise en charge de la personne se fait au sein d’une seule et même organisation et donc, aucun aspect relatif à la santé du patient n’est omis. Chaque professionnel adopte un rôle d’expert-conseil auprès de leur collègue qui effectue les rencontres avec la personne. Ainsi, la personne peut rencontrer un ou deux intervenants directement, mais reçoit tout de même les soins et les expertises de toute l’équipe multidisciplinaire. L’approche est globale dans le sens que la personne est au centre des préoccupations et que tous les membres de l’équipe de travail réfléchissent ensemble et bonifient la réflexion clinique du fait de leurs expertises complémentaires mais étroitement liées (un rapport d’évaluation cosigné par tous, un dossier commun dans lequel tout le monde travaille, etc.). Par ailleurs, les équipes multidisciplinaires jouissent davantage de soutien de la part de leurs collègues, habituellement, que les équipes qui travaillent en interdisciplinarité. Cela est dû au fait que tous les membres de l’équipe de travail sont, typiquement, de la même organisation et que l’organisation qui les emploie met à disposition des mesures qui facilitent la prise en charge et la qualité des interventions de l’équipe (rencontres multidisciplinaires prévues à l’horaire à toutes les semaines où chaque dossier est révisé en équipe, consultation entre professionnels facilitée, structure organisationnelle commune qui facilite le respect du cadre thérapeutique, etc.).

 

Les services privés multidisciplinaires?

De moins en moins rares, les cliniques en psychologie commencent tranquillement à former des équipes multidisciplinaires. Pratiques usuelles dans le domaine de la physiothérapie et de l’ergothérapie, le domaine de la psychologie est actuellement en grande remise en question quant à la place qu’il souhaite prendre dans l’offre de services actuels en santé. En ce sens, les personnes qui souhaitent consulter un psychologue sont souvent confrontés à différents modèles comme les bureaux privés (un psychologue qui loue un local commercial et travaille seul), les cliniques multidisciplinaires en santé (où plusieurs professionnels en santé physique et mentale occupent le même espace de travail et où ils travaillent habituellement en interdisciplinarité), les cliniques de psychologie où des psychologues louent des bureaux à un propriétaire-locateur et travaillent sous la même bannière sans pour autant être des collègues directs. Ces professionnels sont souvent des travailleurs autonomes et peuvent, parfois, agir en interdisciplinarité auprès de personnes. Cela dit, le travail en équipe est plutôt rare car ces cliniques regroupent des professionnels du même domaine.

 

Tête Première

L’innovation du programme shawiniganais Tête Première (oui, oui! On ose le dire!) est que l’équipe de soins qui assurent les rencontres psychosociales à faible coûts est composée de collègues, tous salariés de la même entreprise. Ces derniers travaillent en multidisciplinarité et profitent de rencontres d’équipe très fréquentes pour réfléchir l’offre de service émise à chaque client. Par ailleurs, l’équipe de soin peut également compter sur des ressources de perfectionnement à l’interne (formations payées, supervision professionnelle payée avec un psychologue expert), ce qui garantit une meilleure qualité de soins et de services aux entrepreneurs et aux flexipreneurs de notre beau Shawinigan. Enfin, l’équipe de soins derrière Tête Première est habituée de travailler ensemble, ce qui crée des canaux de communication ouverts et faciles. Autrement dit, comment mieux collaborer que lorsqu’on connait nos collègues, leurs méthodes de travail et leurs manières de réfléchir?

Ainsi, chers entrepreneurs, soyez assurés qu’en dépit des différents modèles de services en psychologie qui sont actuellement offerts… qu’en dépit des enjeux publiques-privés, qu’en dépit du fait que Tête Première offre des services à faibles coûts, la qualité de ce que vous recevrez n’est aucunement réduite par rapport aux « gros cabinets privés » onéreux ou aux services institutionnalisés. Tête Première a à cœur d’offrir un modèle de soins et de services qui est proche des gens, qui composent avec les réalités complexes et parfois, contradictoires, des services psychologiques et qui pousse l’offre de soins en santé mentale résolument en avant.

Références :

  • Derriennic, F., & Vézina, M. (2001). Organisation du travail et santé mentale : approches épidémiologiques. Travailler, (1), 7-22.
  • Molinier, P., & Flottes, A. (2012). Travail et santé mentale : approches cliniques. Travail et emploi, (129), 51-66.
  • Desjardins, P. (2014). Évaluer avant d’entreprendre une psychothérapie : une règle! Psychologie Québec, 31(1), 9-11. ordrepsy.qc.ca/evaluationpsychotherapie.
  • Fleury, M. J. (2009). Santé mentale en première ligne. Santé mentale au Québec34(1), 19-34.

Kebe, N. N. M. K., Chiocchio, F., Bamvita, J. M., & Fleury, M. J. (2020). Variables associated with interprofessional collaboration: a comparison between primary healthcare and specialized mental health teams. BMC family practice21(1), 1-11

 

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