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L’impuissance, un chemin royal vers la déprime

En ce mois d’août, à la suite d’un été « quasi normal », la perspective d’un retour en force de la pandémie, des mesures sanitaires (septembre 2021?) et des variants de la COVID-19 peut faire peur. Alors que monsieur-et-madame-tout-le-monde est essoufflé des derniers 18 mois, les entrepreneur-e-s sont des personnes pour qui cette éventualité est franchement stressante.

Plusieurs entrepreneur-e-s ont profité de l’été et du passage en zone verte pour réouvrir leurs commerces et mener à temps plein (et en temps supplémentaire!) leurs opérations après de longs mois de vache maigre. Ce surplus d’activités et les multiples défis que cela a généré laissent peu de place à la réflexion. Faire un bilan et anticiper la prochaine saison peut ne pas sembler une priorité. C’est justement pour cela que Tête Première a décidé de mener la marche et de parler de deuil, du monde des affaires et de la résilience durant le mois d’août. Plus particulièrement, nous souhaitons amorcer avec vous une réflexion qui sera utile pour l’automne et l’hiver 2021-2022. Que vous soyez dans le monde de la vente de services, des manufactures, de la vente de produits ou encore, dans les secteurs primaires (l’agriculture, les forêts), l’impuissance, les deuils et les nouveaux défis feront nécessairement partis de votre réalité, encore en 2022.

L’entrepreneur-e, l’ultimate chasseur

L’impuissance, c’est le sentiment de ne pouvoir rien faire pour se protéger ou protéger quelqu’un (appelé « objet ») d’un événement aversif. C’est, en dépit de notre énergie, de nos moyens et de nos ressources, être confronté à une limite tellement importante que nous sommes « tout nu » face à l’adversité. L’impuissance fait peur. L’impuissance est douloureuse. Longtemps dans l’histoire humaine, l’impuissance était synonyme de la mort.

Vivre de l’impuissance face à son entreprise est une expérience à la fois familière et à contre-nature pour les personnes qui évoluent dans le monde des affaires. L’entrepreneur-e est reconnu-e comme étant celui ou celle qui, en dépit du scénario qui lui est donné, s’engage à mener à bien un projet (une entreprise!) à bon port. L’entrepreneur-e est celui ou celle qui lève la main et s’engage à réussir là où l’incertitude règne, là où les autres préfèrent s’abstenir. Être entrepreneur-e, c’est être la personne qui a des prédispositions génétiques qui lui permettent d’affronter l’adversité quand d’autres préfèrent la sécurité de la grotte. Que ce soit sur le plan cognitif (aspects langagiers, prévisionnels, déductifs, mnémoniques, etc.), sur le plan relationnel (capacités à entrer en relation avec autrui, à collaborer, à mettre des limites, etc.) ou sur le plan personnel (grande capacité de travail, ingéniosité, etc.), l’entrepreneur-e est généralement super outillé pour résoudre n’importe quelle embuche que la vie peut lui lancer. Il fleurte donc très souvent avec deux sentiments, soit l’anxiété (la peur d’être dépassé par les défis qu’il relève) et le plaisir (de conquérir ces dits défis!). Rarement, un entrepreneur-e se sent impuissant-e puisque c’est dans son ADN de relever (et courir après!) des défis.

En ce sens, être entrepreneur-e et vivre de l’impuissance, c’est catastrophique. Cela implique quasi-obligatoirement que la situation auquel nous sommes confrontés est tellement importante, tellement grave ou tellement majeure que l’individu le plus équipé de tous ressent l’envie de se résigner et de retourner dans sa grotte. L’impuissance donne ainsi l’envie de tout abandonner. Et cela fait du sens, quand le chasseur de la troupe trouve que le mammouth est trop gros, c’est qu’il est généralement, objectivement, trop gros pour être attaqué! Le mammouth devient synonyme d’une sentence de mort (financière, dans le cas des entrepreneurs-es) et le chasseur averti a rapidement compris qu’il valait mieux tolérer un ventre qui crie que de s’aventurer dans cette entreprise!

Le sentiment d’impuissance

Déjà se sentir en état d’impuissance c’est terrible, mais vivre cette émotion de manière répétée… c’est carrément pernicieux. Des études ont été effectuées dans les années 50 sur le sujet. Des évaluateurs ont placé des chiens dans une cage et leur ont fait vivre un stress pour voir leurs réactions face à un stimuli aversif (autrement dit, comment les chiens réagissent devant un vécu désagréable?). Dans le premier test, les chiens pouvaient sortir de leur cage puisque la porte était ouverte. Dans le deuxième test, les chiens ne pouvaient pas sortir de leur cage puisque la porte était fermée. Dans le troisième test, les évaluateurs ont repris les chiens et les ont mis dans une cage avec la porte ouverte pour leur faire vivre le même stimuli négatif. Cette expérimentation particulière nous a enseigné que :

  1. Tous les chiens, d’emblée, ont tenté de se sauver de leur cage;

  2. Les chiens du deuxième test (ceux dont la porte était fermée) ont fini par apprendre (par tirer la conclusion) qu’il était impossible de changer leur sort (contrairement aux premiers chiens). Ils ont vécu un sentiment d’impuissance. Ils ont arrêté d’essayer de sortir de leur cage;

  3. Les chiens qui ont vécu de l’impuissance, dans le 3e test, n’ont pas tenté de changer leur situation même si la porte était ouverte. Ils ont laissé tomber le combat avant même de commencer.

Cette dernière conclusion, étonnante, est majeure puisque ces chercheurs ont découvert des liens directs entre l’impuissance et l’état dépressif. Autrement dit, lorsque nous vivons quelque chose de désagréable… qui nous mène dans nos derniers retranchements… et que nous vivons cette chose de manière répétée… assez pour dire que nous apprenons que cette situation est inévitable… nous ne cherchons plus, par la suite, de solutions pour changer notre situation si adversité similaire vient qu’à se produire! Nous sommes résignés. Nous laissons « la mort » nous prendre. Nous abandonnons avant même que le combat débute.

Appliqués à la réalité des entrepreneur-e-s, ces constats profondément humains (même si les tests initiaux ont été faits sur des chiens) ont de lourdes répercussions : état dépressif, amotivation, perte de ses capacités de leadership auprès des employés, diminution de ses capacités de résolutions de problèmes, ralentissement cognitif, etc. Pire encore, l’Humain blessé que nous devenons tend à se cacher et à se replier sur lui-même. Sur le bord de la mort, l’animal-humain se retire du groupe pour ne pas fragiliser la meute (arrêt de l’investissement des capacités relationnelles).

La lueur d’espoir? Demander de l’aide

Vous vous sentez blasé, anxieux? Ou peut-être, au contraire, vous ne pensez pas un instant à septembre et au retour possible des mesures sanitaires? Vous considérez peut-être sérieusement de fermer votre boutique ou de léguer le tout à « un jeune loup » à l’arrivée de ces possibles défis? Attention, tout cela peut être des symptômes d’impuissance! Il faut voir les années 2020 et 2021 sous l’angle d’un psychologue… vous avez vécu des séquences drôlement efficaces de conditionnement opérant. On vous a mis dans une cage et on a fermé la porte. Des chocs vous ont touché à répétition (licenciement de personnel, baisse du chiffre d’affaires, augmentation du taux de dette de l’entreprise, anxiété, difficultés de sommeil, etc.). On s’apprête à vous dire qu’un troisième essai s’apprête à débuter mais que cette fois-ci, ce sera différent. La cage sera ouverte.

Peut-être n’avez-vous plus envie de vous lancer dans un combat? Peut-être partez-vous la course à 0 km/h? Si vous sentez que vous remettez tout en question, que vous avez l’impression de ne plus être en mesure de compter sur vos capacités, habituellement si fiables, pensez à prendre rendez-vous avec un professionnel de la santé. Le vécu des entrepreneurs en 2020 et en 2021 est tout à fait particulier. Psychologiquement, on vient de vous évaluer à la saveur « des belles années » de la psychiatrie (#sarcasme). Vos symptômes ne parlent pas de vous, mais bien de ce qui vous entoure, de ce que vous avez vécus… survécus. À bon entendeur.

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